Un cliché communément admis tient les réseaux sociaux comme responsables de la propagation des Fake News. Mais ce qui était vu comme un préjugé est désormais un fait scientifique.

Dès lors, Les Echos, à l’appui d’études, affirment que c’est dans le modèle économique des réseaux sociaux de favoriser les hoax. Et le Parisien de jubiler : les média traditionnels sont une valeur refuge pour la majorité des français dans la quête de la vérité ! Le manque d’indépendance représente une des raisons principales de perte de confiance dans les médias, bien que l’enjeu de la fiabilité de l’info émerge aussi. Il n’est reste pas moins qu’on craint toujours plus la qualité des infos sur internet.

Nous nous sentons obligés de doucher cette vague d’enthousiasme. Et nous allons nous demander une chose. N’est-il pas dans la nature des media, aussi, de répandre de fausses informations ?

Plusieurs exemples d’informations douteuses

Effectivement, on retrouve de nombreux exemples d’enquêtes assez imprécises voire totalement fausses. Voici une petite liste illustratrice.

Par exemple, ces dernières semaines, ParcoursSup a fait l’objet d’un traitement où les rumeurs de discriminations s’amoncelaient de plus en plus. Jusqu’à ce que l’exemple de la jeune Tahitienne vienne montrer que des infos partiales restaient la base de ces rumeurs.

Dans le même temps, de nouvelles informations venant prouver l’innocuité de certains plants OGM se sont vues contredites par l’Obs. Or, leur traitement de l’affaire en jeu avait été très critiqué il y a 6 ans de cela (cette vidéo rappelle bien le cas). Et ils persévèrent dans la contre-vérité.

On ne peut pas non plus ignorer le gros mensonge véhiculé ce printemps par Le Media, au sujet d’un jeune homme, victime de violences policières, soutenu par un témoignage totalement inventé.

Que penser aussi du montage tendancieux réalisé par le JT de 20h de France 2 ? Il faisait dire à Mélenchon un propos totalement différent de son discours…

Toujours dans le domaine scientifique, quel crédit accorder aux médias, quand ces derniers laissent la parole à des professeurs controversés dans la communauté scientifique, comme le Docteur Cohen ou le Professeur Joyeux ?

Un phénomène récent ?

Mais, à tous ces exemples récents, nous ajoutons aussi deux fausses informations  « historiques ».

Personne n’oubliera le traitement fait par les media, en France, du survol du territoire national par le nuage nucléaire de Tchernobyl. Et quelques années avant, l’ affaire des Diamants de Bokassa aussi eut une influence majeure sur la vie politique française. Alors même que les éléments présentés en 1979 par le Canard Enchaîné à l’époque ont été largement infirmés par les éléments issus de l’enquête judiciaire. On pourrait aussi consacrer des paragraphes aux Affaires Markovic ou Clearstream.

Plus récemment, une partie des media à grand tirage ou grande écoute ont repris une étude réalisée par Oxfam. Étude dénonçant le manque de redistribution des dividendes, et plus généralement, la mauvaise répartition des revenus dans les entreprises. Des chiffres et des méthodes rapidement debunkés par les hebdomadaires et les quotidiens économiques. Or cette étude est reprise chaque année de la même manière. Cela interroge sur le but visé par ces media-là.

Quelle origine à ces tâtonnements ?

De fait, l’une des accusations revenant le plus souvent contre les journalistes concerne leur orientation politique. Et principalement celle de gauchisme. Au premier abord, un tel argument semble tout de même très faible pour attribuer tous les torts aux informateurs. Ainsi, prenons un peu de hauteur de vue.

L’historien du journalisme américain Daniel C. Hallin développe deux concepts intéressants

Le premier est celui de « systèmes de média » : il y a aurait trois modèles de média. Ils se distinguent en fonctions de régions géographiques.On trouve un modèle libéral anglo-saxon, un modèle scandinave et un modèle latin.

Les media français illustrent parfaitement le modèle latin. En effet, on retrouve plusieurs caractéristiques. D’abord, un passé fort de censure politique (ouverture tardive aux radios libres/ORTF très surveillée) qui marque les pratiques journalistiques. Ensuite, la profession de journaliste est moins professionnalisée qu’ailleurs. Ce qui est moins vrai aujourd’hui. Mais l’idée de militantisme via le journalisme reste très présente. D’autant plus que, troisième caractéristique, la presse française est longtemps restée plus une presse d’idées qu’une presse d’information.

Second concept : les sphères d’objectivité médiatique . Hallin distingue trois niveaux de faits que les journaux peuvent traiter. La sphère du consensus recouvre les faits acceptés de tous. La sphère de la controverse légitime concerne tous les faits sur lesquels le débat reste ouvert. Le journaliste doit alors informer de manière neutre. Enfin, la sphère de la déviance concerne les idées que les journalistes refusent de traiter, en raison de leur rejet personnel. On associe souvent à ce second concept celui de « Fenêtre d’ Overtone« 

Quelles conséquences aux Fake News ?

Du coup, dans un système où l’aspect partisan reste important, on peut penser que la sélection des informations soumises à controverses ou « déviantes » puisse être soumise à un filtre qui biaise leur traitement.

Reprenons les OGM. Imaginons une rédaction s’investissant en majorité pour une philosophie écologiste. Le rejet des OGM, au côté du nucléaire et du productivisme constitue la base programmatique du mouvement. Le tout dans un cadre de rejet du capitalisme et du marché. Or, si un scientifique arrive, et propose une étude qui valide leur vision, est-ce que leur premier réflexe sera de vérifier la véracité de cette étude ?

Est-ce ce qui s’est passé à l’Obs ? Cela ne reste qu’une supputation. Et là est l’os ! Qu’un tel modèle journalistique existe implique qu’une suspicion permanente s’installe contre les professionnels du métier.

A ce stade, vous me direz que le modèle « objectif » imputé aux USA n’a pas empêché l’émergence de Fox News et de Trump, corrélé aux médias alternatifs. On se penche alors sur un autre problème. Le modèle économique des media (presse et télévision) conduit à des fusions, donc à une réduction du nombre de sources d’informations généralistes et à la détention par de grand groupes (pour les synergies de coûts). Cela ajoute à la méfiance naturelle pour les média, celle contre les grosses entreprises.

Une réaction citoyenne ?

L’autre conséquence de ce reproche permanent du manque de recul s’exprime très bien dans la communauté scientifique. Par exemple, plusieurs doctorants ou jeunes chercheurs s’organisent. Notamment via Twitter, pour porter un mouvement scientifique peu connu du grand public : la zététique. Il n’y a pas en soi un groupe de zététistes qui surveille les media. Mais individuellement, avec leurs sites et leurs chaines Youtube, ils proposent du contenu différent. Le but étant d’apporter une touche de « véracité » dans l’information scientifique.

Et ce nouveau contrepouvoir parvient à devenir influent. La tribune FakeMed initiée par une partie de cette sphère, permit d’initier la publication d’article sur l’efficacité de l’homéopathie.

Conclusion : le paradoxe du Fact-Cheking

Il n’en reste pas moins un paradoxe.

Libération et Le Monde sont devenus des points de référence dans le fact-cheking, et les derniers sondages auprès des lecteurs démontrent que cette démarche est appréciée et encouragée.
Or, Libé a justement donné la parole aux homéopathes pour dénigrer les médecins s’insurgeant contre le trop de poids donné à cette pratique. Et certains twittos, en demandant à la journaliste ayant réalisé une des interviews, se sont fait bloquer pour avoir démontré qu’elle était orientée dans son traitement du problème.

Les vecteurs d’informations à un moment vont se retrouver face à un choix cornélien. Soit le fact-checking va devenir la base de leur publication. Et cela supposera de passer au crible tout leur contenu avant publication. Soit ils continuent à publier de la même façon et donc la méfiance subsistera.

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